Les langues du Paradis : la linguistique dans l'Histoire

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Les langues du Paradis : la linguistique dans l'Histoire

Message  Tfisa le 06/09/09, 08:48 pm

Les langues du Paradis, M. Olender, Le Seuil, 1989.





Maître de conférence à l’EHESS et cofondateur de l’École doctorale européenne des hautes études en sciences de la culture de la Fondazione San Carlo (Modène, Italie), Maurice Olender historien, archéologue, s’est intéressé à l’histoire des langues et au racisme. Membre de la rédaction de la Revue de l’histoire des religions (PUF), il est également à l’origine de la revue interdisciplinaire Le Genre humain (Fayard) mais aussi l’instigateur de la collection « La Librairie du XXIe siècle » au Seuil.


Les langues du Paradis est un essai de linguistique ou plus précisément d’une histoire de la linguistique.

Le thème de l’ouvrage est la réflexion animée dès le XVIII° siècle (avec une intention philologique forte pour le sanscrit) par l(interrogation sur la nature de la langue des origines, la pensée véhiculée et transmise par cette dernière aux nations d’une Europe alors en questionnement identitaire tant sur le plan religieux que culturel ou politique. « Les langues du Paradis » en tant qu'expression ,révèle la quête de la langue originelle jamais résolue et dans une perspective toujours motivée par un contexte singulier et la tentation d’un idéal séculaire.

La thèse de l’ouvrage a pour questionnement l'articulation de la découverte du sanscrit, l’élaboration de l' indo-européen avec son inscription au sein de la civilisation judéo-chrétienne se laïcisant. Quels enjeux ont alors émergé ? Comment les XVIII° et XIX° siècles ont-ils inscrit en et par eux-mêmes ces intérêts linguistiques ?

En historien, Maurice Olender suit une étude chronologique présentant les philologues les plus représentatifs et ayant eu une forte influence tout au long des XVIII° et XIX° siècles. Il met en lumière l’évolution de la pensée occidentale, son imprégnation sur la linguistique (hors son acception actuelle).



La langue des origines est une interrogation récurrente aux théologiens, philologues et philosophes depuis l’Antiquité. A la Renaissance, savoir quelle était la langue parlée au Paradis est un débat « en vogue » . C'est au XVIII° siècle qu'apparaît l’idée d’un idiome originel aux langues européennes. La langue devient « archive » de l’identité d’un peuple et est fondamentalement porteuse de valeurs ancestrales particulières. Les XVIII° et XIX° siècles sont très sensibles à la redécouverte du sanscrit que permettent de nouveaux outils conceptuels. La paléontologie linguistique délaisse l’hébreu au point d’un enthousiasme quasi-irrationnel pour le sanscrit, contre lequel Bopp, Reinach, Hegel ou Darmesteter mettent en garde d'une vision romantique, et donc non concordante avec une vision scientifique. Les auteurs du XIX° siècle imaginent des racines linguistiques « aryennes » à la naissance du langage. Il apparaît une dichotomie entre langues sémitiques (concrètes) et aryennes (abstraites) (le terme « sémite » naît alors). Les mots, les concepts de la recherche, de l’investigation scientifique dévoilent les présupposés et les intentions des questionnements. Ils sont fictions linguistiques. Réintroduire l’hébreu comme langue susceptible à une étude laïque, la réintroduire dans l’Histoire profane au même titre que l’indo-européen va devenir une obsession d'envergure pour le philologue Goldziher quand bien même l’hébreu est depuis longtemps objet d'une tradition philologique.

Maurice Olender , conscient du traumatisme historique du XX° siècle, rappelle de lire les auteurs mentionnés, les extraits textuels en les replaçant dans leurs contextes historiques et philosophiques. Il s’agit d’être conscient de l’instrumentalisation des données qui seront faites au XX° siècle. Les auteurs ont été choisis selon l’influence qu’ils purent avoir par leurs œuvres sur les milieux intellectuels de leurs temps.


Les langues du Paradis a le grand mérite d’aborder avec concision et limpidité les paris philosophiques du XVIII° mais surtout du XIX° siècle, la quête, malgré le "désenchantement", d' une nouvelle source d’espérance dut-elle se manifester en un « Dieu présent malgré tout » ou une foi aveugle en un monde devenu laïc, voire athée. Et, manifeste culturel par excellence, la langue est tour à tour outil de réflexions ou réflexion elle-même, cependant toujours investie affectivement par ceux qui la dissèquent, l’étudient : les théoriciens du langage. Elles sont alors porteuses d’idéologies passionnées aux conséquences, de fait, jamais envisagées.



Un livre précieux. study
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